Salon du Livre: Interview de Walrus, l’acteur innovant du livre numérique enrichi

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C’est une jeune entreprise que nous suivons depuis plusieurs mois
(voir nos précédents articles : Walrus Books rend les livres vivants et ludiques, enrichis de contenus multimédias et Le studio Walrus nous en met plein la vue avec ibooks).
Une entreprise innovante et avec un concept prometteur, parce que simple. [exergue]A l’heure actuelle, le livre numérique, c’est un peu le Far-West ![/exergue]
A l’heure où l’industrie du livre est en pleine mutation, confrontée au changement qui touche chaque pan de son activité et à la multiplication des nouveaux acteurs et des nouveaux supports, obligeant le Livre (avec un grand L) à se réinventer, Walrus a fait un choix simple : celui de se spécialiser dans le livre numérique enrichi.
Ils aiment à le répéter : « A l’heure actuelle, le livre numérique, c’est un peu le Far-West ! ».

Les nouveaux tentent de se faire une place au soleil, et les anciens (entendons par là l’édition traditionnelle) essaient de garder la leur. Autant dire que la période est hautement intéressante et que, perdus que nous sommes au milieu de cette profonde mutation, il va falloir des idées pour sortir du lot. Et surtout des gens pour les appliquer. L’équipe de Walrus fait partie de ces gens qui ont une vision du marché, et qui mettent tout en oeuvre pour l’appliquer.

A l’occasion du Salon du Livre, où ils seront présents pour présenter des ouvrages coédités avec la Mairie de Paris, nous avons décidé d’en savoir un peu plus et de rencontrer ceux qui se cachent derrière le Morse (« Walrus », en anglais, signifie « Morse » ). Julien et Jérémie nous ont donc reçus chez eux, et ont répondu à toutes nos questions.

UNSIMPLECLIC : Bonjour ! Alors, tout d’abord, peut-être pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’origine du nom de votre entreprise ? Walrus, c’est un peu bizarre, non ?

WALRUS : Et comment, que c’est bizarre ! Mais si des gens ont pu appeler leur navigateur internet « Panda roux » (Firefox), on s’est dit qu’on pouvait appeler notre société Walrus (« Morse »). C’est notre animal totem. Et puis ça fait référence à une chanson des Beatles qu’on aime par-dessus tout. C’est un animal étrange et excentrique… c’est un peu dingue, un morse, même Lewis Carroll s’en est inspiré. Alors nous nous sommes dit que c’était une bonne idée.

UNSIMPLECLIC : Est-ce que vous pouvez nous expliquer brièvement le concept de « livre numérique enrichi » ?

Un Morse c'est carrément cool, non ?WALRUS : C’est très simple : un livre numérique enrichi, ou augmenté, ou multimédia (c’est comme on veut), c’est un livre dans lequel on ajoute du contenu au texte originel.
Ce contenu peut prendre plusieurs formes : ça peut être une série de liens hypertexte  qui renvoient à des informations supplémentaires, comme une définition d’un mot compliqué ou une biographie d’un personnage cité dans le texte. Ça peut aussi être des photos, un diaporama, une galerie d’images.
Mais ça peut aussi être des vidéos, existantes au préalable ou que nous allons tourner et monter pour ensuite l’intégrer dans le texte.

Une interview, par exemple, ou un court-métrage venant illustrer le propos. Mais ce n’est pas tout. Nous travaillons beaucoup sur l’interactivité. En choisissant de ne travailler qu’avec le format epub (le format standard de l’édition numérique), nous nous sommes d’abord coupé de toutes les possibilités de l’application, notamment en terme d’interactivité et de gameplay.
Mais ces limites sont en train d’être dépassées par notre équipe de programmeurs et codeurs. En effet, aujourd’hui, rien n’interdit plus que nos livres soient « équipés » d’interfaces multitouch, de mini-jeux, d’images interactives…

En somme, nous rattrapons la distance…  De plus, nous tentons de maximiser l’expérience de lecture, et d’influencer la notion même de livre numérique. En développant une ergonomie made in Walrus.
Ainsi, nous avons réussi il y a quelques jours à lancer le premier roman au format epub doté d’une couverture vidéo 100% intégrée dans le fichier.

UNSIMPLECLIC : En quoi cela change-t-il la donne ? Quelle est la plus-value d’une innovation comme celle-ci ?

WALRUS : C’est très simple. En fait, c’est tellement simple qu’on s’étonne que personne n’ait eu envie de s’y coller avant. La couverture vidéo, c’est une bande-annonce.[exergue]Avec la bande-annonce de livre nous espérons faire venir aux livres la nouvelle génération, davantage axée sur l’image.  Et puis depuis Harry Potter, on voulait juste voir ça en vrai ![/exergue]
C’est un petit film dont le format correspond à celui de la couverture de votre livre, et qui comme une bande-annonce de cinéma, vous présente les personnages, l’ambiance visuelle, la partition sonore, du livre.  C’est une petite vidéo qui va vous donner envie, ou pas, de lire le livre. Avec le livre numérique enrichi, on ne peut plus seulement raisonner en termes de codes éditoriaux : il faut ajouter à ceux-là les codes propres à l’audiovisuel, au net, au multimédia…
Avec la bande-annonce de livre, déjà testées auparavant par plusieurs éditeurs mais jamais intégrée au livre en lui-même, nous espérons faire venir aux livres la nouvelle génération, davantage axée sur l’image.  Et puis depuis Harry Potter, on voulait juste voir ça en vrai !

UNSIMPLECLIC : Quels sont les autres possibilités proposées par le numérique en matière de livre enrichi ?

WALRUS : Elles sont énormes. En fait, elles sont presque infinies. La technique, qui jusque là nous bloquait, est petit à petit en train de céder. Il faut dire qu’on ne ménage pas le programme ![exergue]Apple est pour l’instant le seul constructeur capable de lire les livres dont nous rêvons[/exergue]
Nous travaillons pour l’instant seulement sur iBooks, la plateforme d’Apple. Pas parce que nous sommes des Apple fans mais parce que Apple est pour l’instant le seul constructeur capable de lire les livres dont nous rêvons. Le jour où les constructeurs, et les programmeurs d’applications de lecture, comprendront cela, nous éditerons évidemment nos livres sur ces autres plateformes.

Pour ce qui est des possibilités, elles ne sont limitées que par notre imagination. Par exemple, pour notre premier roman, « Je suis Rage » de Guillermo Alverde, nous avons choisi de montrer au lecteur des versions alternatives du roman. Ainsi, on peut découvrir une version du même roman écrite deux ans auparavant, et puis aussi une autre écrite deux ans après. Si l’on y ajoute les scans des carnets de l’auteur que nous avons insérés en annexes, on a une bonne idée du processus de création d’un roman.
C’est aussi une manière de faire découvrir le travail d’un auteur.

UNSIMPLECLIC : En gros, les auteurs vont devoir garder tous leurs brouillons, maintenant !

WALRUS : Oui, c’est l’idée (rires). On va traquer le moindre gribouillis et l’intégrer à nos livres. Et on tournera une interview avec l’auteur dans la foulée pour lui demander pourquoi il a fait une faute d’orthographe à tel endroit… ça va être un véritable enfer !

UNSIMPLECLIC : Qu’est-ce qui différencie Walrus des autres sociétés qui produisent des livres numériques ?

WALRUS : Déjà, nous sommes éditeurs : il faut le signaler. D’autres ont déjà déblayé la voie, que ce soit François Bon et son Publie.net ou encore Numeriklivres.[exergue]La plus-value Walrus : nous sommes des éditeurs, mais aussi des cinéastes, des plasticiens, des programmeurs, des graphistes, des designers…[/exergue]
Nous suivons leur chemin.
A cette fin, nous ne sommes pas seulement des techniciens qui publient tout ce qui leur tombe sous la main : nous avons une véritable politique éditoriale, et nous retravaillons les textes avec nos auteurs… comme un éditeur traditionnel.
Sauf qu’un éditeur traditionnel ne sort pas sa caméra dans la foulée pour aller tourner, monter et sonoriser un court-métrage, une interview, une bande-son.
C’est un peu la plus-value Walrus : nous sommes des éditeurs, mais aussi des cinéastes, des plasticiens, des programmeurs, des graphistes, des designers… Notre équipe est composée de la fine fleur du multimédia. Nous travaillons aussi bien avec des professionnels de l’audiovisuel, notamment du clip et de la pub, qu’avec des web-designers réputés. La conjonction des talents, en somme.
Et nous sommes avant tout des amoureux des livres. Nous publions ce que nous avons envie de lire.

UNSIMPLECLIC : (à Julien) C’est vrai que pour un passionné de livre numérique, tu as une bibliothèque papier impressionnante chez toi !

JULIEN : Ce n’est pas incompatible. Mais oui, j’en suis plutôt content. Je n’ai pas encore tout lu mais j’aime bien avoir de la réserve !

UNSIMPLECLIC : Quel est le programme de Walrus pour les prochaines semaines ?

WALRUS : Déjà, le Salon du Livre. La Mairie de Paris nous a gentiment invités pour venir présenter les ouvrages que nous réalisons avec eux autour des Balades du Patrimoine. Ce sont de petits guides interactifs et richement illustrés de photos et de vidéos qui reprennent des promenades culturelles dans Paris, écrites par des professionnels de l’Histoire. C’est un travail passionnant. Nous ferons d’ailleurs plusieurs présentations de ces travaux sur le salon, et également des conférences sur le livre numérique (le programme est disponible sur le site de Walrus).

Ensuite, nous prévoyons de continuer à agrandir notre catalogue fiction et de proposer des romans spécifiquement écrits à l’origine pour être augmentés de vidéos et d’audio. Ça viendra pour le début du printemps. Et puis nous avons encore plein d’idées dans notre sac, notamment concernant les ouvrages pratiques ! Du guide, de l’apprentissage… plein de choses ! Mais vous aurez l’occasion d’en apprendre un peu plus dans peu de temps.

UNSIMPLECLIC : Comment voyez-vous le marché de l’édition numérique aujourd’hui ?

WALRUS : Il y a du bon et du moins bon.[exergue]Si je peux dépenser 1,99 euro pour une application idiote, je peux bien m’acheter un livre pour le même prix, non ?[/exergue]
Nous trouvons qu’il existe principalement deux problèmes. Deux obstacles majeurs à l’extension de la lecture numérique à un vaste public.

D’abord, le prix. Les prix pratiqués par l’édition dite traditionnelle sont particulièrement prohibitifs, surtout  quand on voit qu’un livre en version numérique facturé 18 euros est disponible en format poche, et en papier, à seulement 6 euros en librairie. Ce sont des abus qui doivent cesser, sinon c’est le lecteur qu’on prend pour un imbécile.

Et puis il y a les DRM. Les DRM, c’est le mal. Lorsque vous achetez un livre, vous pouvez le prêter, vous pouvez le donner, et vous pouvez le garder chez vous, à l’abri, et ne jamais le lire. Bref, le livre, c’est un support libre par essence. Il faut protéger les auteurs, bien sûr, et le droit d’auteur… mais vous n’empêcherez jamais quelqu’un de bien motiver de pirater votre ouvrage, eussiez-vous intégré toutes les protections numériques que vous vouliez ! Il y a toujours un petit malin pour cracker votre sécurité et mettre le livre sur le net, gratuitement.
L’industrie de la musique aurait sans doute gagné à proposer la musique moins chère et à la libérer de toute entrave, afin de favoriser la vente en volume. Pour nous, l’avenir, c’est la vente en volume.

Il faut privilégier des prix de vente les plus bas possibles pour que tout le monde puisse se permettre d’acheter votre livre. C’est le modèle utilisé par les applications iPhone aujourd’hui ! Si je peux dépenser 1,99 euro pour une application idiote, je peux bien m’acheter un livre pour le même prix, non ?
Notre dernier livre coute 1,99 euro et franchement, pour tout ce qu’il y a dedans, c’est donné.

UNSIMPLECLIC : Pour vous, les éditeurs traditionnels ne jouent pas le jeu ?

WALRUS : C’est mieux que ça ! Ils font de l’anti-jeu ![exergue]Nous ne pouvons pas nous passer de l’expérience des éditeurs traditionnels. Mais il faut qu’ils comprennent que les règles du jeu sont en train de changer.[/exergue]
En prétendant vouloir aller sur le terrain du numérique, ils font tout leur possible pour faire traîner les choses. Et c’est l’industrie dans sa globalité qui en pâtit.

Heureusement, certains ont su tirer les enseignements des erreurs passées. Ils sont très peu, mais nous sommes en contact avec eux et nous avons de grands projets de collaboration : ils ont tout compris !
Nous ne pouvons pas nous passer de l’expérience des éditeurs traditionnels. Mais il faut qu’ils comprennent que les règles du jeu sont en train de changer. Nous devons tous travailler ensemble et aller dans la même direction. Sans quoi les ventes ne décolleront jamais.
Et nous n’avons pas envie que demain, des éditeurs de jeux vidéos monopolisent le marché du livre…

UNSIMPLECLIC : Pour terminer ?

WALRUS : Nous sommes persuadés que des opportunités vont s’ouvrir. Davantage de gameplay dans les livres, par exemple. Nous sommes très intéressés par le revival des Livres dont vous êtres le Héros qui ont bercé notre enfance, et nous travaillons en ce sens avec des partenaires éditoriaux. Il faut repenser toute l’interactivité mais conserver l’esprit du livre… c’est un vrai défi, mais un défi passionnant, qui nous oblige à pousser les machines dans leurs derniers retranchements en terme de HTML 5, de Javascript et de CSS 3, nos trois baguettes magiques.

Et puis nous croyons surtout aux projets artistiques, au sens propre comme au figuré. Nous travaillons à la conception d’un catalogue d’art, par exemple.
Il y a un marché substantiel et prometteur du côté du marketing pour le livre numérique, et pas seulement dans l’édition traditionnelle: le monde de l’entreprise s’intéresse déjà à toutes les fonctionnalités que peut offrir ce type de format, bien moins cher à réaliser qu’une application et presque aussi malléable.
Présenter ses produits, ses services, sous la forme d’un ebook… ça fait rêver, non ? Tout ce qu’on peut nous souhaiter, c’est encore plus de boulot pour les mois à venir…

Un grand merci à Julien et à Jérémie pour avoir répondu à nos questions !

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